Quand des femmes s’unissent, un territoire se transforme : Fass Diom à Tienaba

Jan 3, 2026Agro-transformation & économie rurale, Programme Conseil

En 2017, l’association Afreecan organise une rencontre entre le GIE Fass Diom et Mediaquart’. Après plusieurs échanges et des visites à Tienaba, à deux heures de Dakar, le projet COUCOU voit le jour. Son objectif : mécaniser l’unité de transformation de noix de cajou et renforcer l’autonomie financière du GIE, dans un pays où moins de 5 % de la production est transformée localement.

Le projet connaît de nombreux retards et doit être repensé à plusieurs reprises afin de s’adapter aux réalités du terrain. Mais grâce à la motivation et à l’implication de toutes et tous, il se concrétise enfin en 2021, avec l’arrivée des premières machines et le lancement des formations. Une étape majeure pour ce GIE fondé il y a vingt ans par des femmes déterminées, dont Madame Louty Sow, aujourd’hui présidente.

Originaire de Tienaba, Madame Sow quitte l’école en CM1 et commence à travailler dès l’âge de 11 ans. Mariée à 14 ans, elle comprend rapidement que son mari ne peut subvenir seul aux besoins de la famille. Pour l’aider, elle travaille dans les champs voisins, cueille des fruits et des noix de cajou qu’elle transforme avant de les vendre.

Un travail éprouvant, surtout lorsqu’on est seule. En observant autour d’elle, Madame Sow réalise que de nombreuses femmes vivent la même situation. Elle leur propose alors de mutualiser leurs efforts, de se relayer pour les ventes et de se rendre jusqu’à Thiès et Dakar afin de mieux écouler leurs produits. Très vite, cette organisation porte ses fruits et attire l’attention des autorités locales.

Les femmes mettent en place un système de cotisation (250 FCFA par personne), permettant d’acheter en plus grande quantité et même de financer de la publicité dans le journal régional. Mais les limites restent importantes, notamment en matière de gestion. Madame Sow, seule membre instruite du groupe, suit alors une formation pour formaliser l’activité. En 2002, elle crée le GIE Fass Diom avec deux autres femmes.

Fass Diom, qui signifie « s’armer de courage », vise à offrir à chaque femme la possibilité d’accéder à l’autonomie par le travail collectif et dans la dignité. Une règle simple encadre l’adhésion : appartenir à un groupement existant ou en créer un, gage de sérieux et d’engagement. Une formule qui fonctionne : de 55 membres réparties en cinq groupements en 2002, le GIE compte aujourd’hui 674 femmes et 16 groupements.

Au-delà de l’emploi, l’impact local est considérable. Grâce à la renommée de la noix de cajou « made in Tienaba », près de 80 % des ménages alentours ont lancé leur propre exploitation. Le GIE soutient également l’accès à l’éducation à travers des campagnes de sensibilisation et le financement de frais de scolarité. Madame Sow espère ainsi que la nouvelle génération prendra bientôt le relais pour poursuivre l’aventure Fass Diom.