Dans le cadre du projet Ecolyco, dédié à l’éducation écologique dans les collèges et lycées de Bambey, au Sénégal, Elsa Rimasson, volontaire Mediaquart’, accompagne les établissements scolaires pendant neuf mois. À travers une série d’articles, elle partage les thématiques qui marquent son quotidien auprès des élèves et des habitant·es de la région, à commencer par une problématique centrale et universelle : l’eau, « le sang de la terre, le support de toute vie », selon les mots du naturaliste Viktor Schauberger.
Dans la région de Bambey, comme dans une grande partie du territoire sénégalais, l’accès à l’eau peut se faire rare sur des périodes plus ou moins longues, impactant directement les cultures et le quotidien des populations. Les écoles sont elles aussi confrontées à cette réalité, qui perturbe parfois les activités scolaires et le bien-être des élèves. C’est donc tout naturellement que cette question s’est imposée au cœur des premières formations en agroécologie portées par le projet Ecolyco.
Les élèves dressent un constat clair : depuis plusieurs années, la saison des pluies s’est raccourcie tout en devenant plus intense. Autrefois étendue de juillet à octobre, elle ne dure désormais que deux à trois mois, un laps de temps insuffisant pour permettre à la terre de constituer des réserves durables. À cette réduction s’ajoute une intensification des précipitations, augmentant les risques de destruction des cultures. Lors de leur travail aux champs aux côtés de leurs parents, les élèves observent ainsi une diminution des récoltes, conséquence directe de ces bouleversements climatiques.
Par ailleurs, des pluies abondantes concentrées sur une courte durée provoquent une saturation des sols, empêchant l’eau de pénétrer en profondeur et d’alimenter les nappes phréatiques. Faute de réserves suffisantes, les foyers et les établissements scolaires peuvent alors rester plusieurs heures, voire plusieurs jours, sans accès à cette ressource essentielle.
À cette problématique de quantité s’ajoute celle de la qualité de l’eau. Bien que potable, l’eau contient de nombreux micropolluants, parfois nocifs pour la consommation et l’arrosage des fruits et légumes. Le calcaire constitue également un obstacle important, les membres d’Ecolyco ayant constaté ses effets néfastes sur les plantations du jardin potager scolaire.
Face à ces défis, les clubs Ecolyco développent des solutions simples et adaptées. Professeurs et élèves laissent reposer l’eau dans des barils toute une nuit afin de permettre aux microparticules de se déposer au fond. Le matin, l’arrosage est réalisé avec précaution, garantissant une eau plus saine pour les cultures.
Le partenaire Irrigasc propose également une solution innovante grâce à l’utilisation de gaines pour les arbres, permettant de consommer dix à vingt fois moins d’eau pour la croissance des manguiers et des anacardiers. À terme, ces arbres offriront de l’ombre dans la cour de l’école, des fruits pour nourrir les élèves et une source de revenus complémentaire pour l’établissement.
Enfin, afin de limiter l’évaporation, l’arrosage est privilégié aux moments les plus frais de la journée. Matin et soir, les membres d’Ecolyco s’activent pour nourrir efficacement les plantations.
Dynamiques, curieux et engagé·es, élèves et enseignant·es œuvrent ensemble pour préserver durablement leur environnement et leurs ressources. Un bel exemple d’engagement collectif, tourné vers l’avenir, l’eau et la vie.